AlZanOr présente la nouvelle n°8 :

 

Présence du futur

ou

L'arme vitale

 

 

BZZZZZZZZ
 
— Vous êtes sûre que cet appareil fonctionne ?!
— Tout fonctionne parfaitement.
— Je n’arrive pas à recharger ma carte Vitale…
— Vous y mettez de la mauvaise volonté.
— Je vous assure que je me suis bien connecté : ça ne charge pas.
— Les autres sont chargés à bloc : faites comme eux.
— Oui. D’accord. Donc je rentre ma carte : voyez… Je valide mon empreinte optique : voyez… Je prête allégeance aux sévices publics : voyez.
Djiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii-Klonk !
 
" vos droits vitaux sont périmés "
 
— Ah d’accord. Donc vos droits sont périmés. Très bien. Vous allez mourir. Au revoir.
— Hein ?!
— Vous n’avez plus de droits. Vous n’avez plus rien à faire en ce monde. Au revoir monsieur.
— Je ne vais pas disparaître ?!?
— Si monsieur. Je connais les circulaires. C’est moi qui les imprime.
— J’ai quand même le droit de vivre !!
— Non monsieur, vos droits sont périmés : voyez…
— Je DOIS recharger ma carte ! c’est vital
— Oui oui je sais. La carte Vitale. Mais vos droits sont périmés. Désolée. Le soixante-treize !!!
— Madame !!! Enfin ! Ce n’est pas possible : aidez moi !!!
— Allons arrêtez de vous plaindre !! ça pourrait être pire : pensez à ceux qui souffrent… ne soyez pas si égoïste. Et puis vous n’êtes pas seul : regardez la queue là-bas !
— Quoi ? Eux aussi ??? Ils sont en fin de droits ?!?
— Fin de droits vitaux. Beaucoup sont déjà translucides ; certains sont même transparents. Ah ! Tenez. Le premier vient de s’évaporer, il faut que je détruise sa carte - il faut éviter la fraude, vous comprenez
— Mais j’ai des droits…
— Vous aviez
— Pardon, j’avais des droits, oui… - mais que vais-je devenir ?!
— Disparaître.
— Je ne veux pas !!
— Allons ne faites pas de difficultés, à la queue ! - soixante-treize !!!
— Non !! Je veux ma mise à jour !!! Je veux rester en vie ! appelez-moi le directeur !
— Bon.

CLIC Mr le Directeur ? un fin-de-droits qui réclame… Oui… bien je vous l’envoie… CLONK Patientez dans la salle d’attente, ici, oui, voila très bien. Alors ce soixante-treize !!! ça vient ??!

 

— AIE !!!
— Ouuuups pardon ! j’avais pas vu…
— Je sais je suis transparent… C’est pas une raison…
— Vous aussi vous…
— Oui. Fin de droits. J’ai déjà perdu mes vêtements.
— Ah oui vous êtes…
— Vêtu de ma dignité ! ça fait cinq heures que j’attends et je suis déjà à poil… Tous les moyens sont bons pour nous faire disparaître, nous les sans-futur.
— Sans futur ?
— Vous n’êtes pas au courant ? Le futur vient à notre rencontre. Le futur est présent, nous n’avons plus de futur.
— Ça m’étonne, encore hier j’avais un futur…
— Plus aujourd’hui : le futur vient d’arriver.
— Ah bon ?? il est passé où ?
— Par ici, par là. Le futur est passé.
— Et maintenant ?
— Il est présent.
— Ça me dit quelque chose…
— Oui, oh, ça s’est déjà vu. Mais là ça tombe sur nous…
— Les sans-futur ?
— Oui voila. Vous comprenez vite.
— Oh quand on n’a plus de futur, on se dépêche, c’est bien normal.
— Oui… Moi c’est Georges !
— Philippe, enchanté.
— De même…
— Et moi qui voulait aller au cinéma demain.
— Philippe : c’est déjà demain…
— Ah pardon. Vous avez raison. Quel idiot…
— Oui vous perdez la raison. C’est le premier signe de dévitalisation. J’ai perdu la raison il y a trois heures. Je suis à poil depuis deux. Bientôt on ne me verra plus.
— Donc j’ai encore mes vêtements pour une heure ?
— À peu de choses près.
— Très bien. C’est déjà ça.
— Les vêtements c’est le passé.
— Tout est passé ? Plus de futur… Il reste le présent !
— Pour combien de temps…
— Nous sommes présents !
— De moins en moins…
— Ce n’est pas normal !! il faut résister !
— Comment ? si vous manifestez, personne ne vous verra.
— On va crier !!
— Vos cris aussi disparaîtront. Vous ne vous rendez pas compte mais je crie déjà pour que vous m’entendiez…
— Ah bon ??
— Oui d’ailleurs j’en ai un peu marre.
— Crions ensemble !!!
— Dans la salle d’attente, personne ne vous entendra crier…
— C’est terrible. Et le directeur ? Il doit nous recevoir !!
— Le futur est passé par chez lui, aussi.
— Et alors ?
— Il a été promu. Directeur général.
— Et son remplaçant ? Il y a bien un remplaçant ! c’est vital !!
— Oui-oui, carte vitale. Elles ne se chargent plus. Plus de droits. Plus de remplaçant. Plus que l’attente…
— Qu’allons nous devenir ?...
— Transparents.
— Je veux ma mise à jour !
— On n’a plus de droits.
— On va les prendre !!
— Où ?
— Dans le futur !
— Développez. Vous m’intéressez.
— Euhhh…. Il faut qu’on aille dans le futur. On va se déplacer !
— Très bien. Marre de crier. Marcher me fera du bien.
 
 
— Vous êtes là ?
— HEIN ???
— VOUS ETES LA ???
— Criez, je ne vous entends pas. Vous êtes de moins en moins consistant.
— Parlez pour vous !
— Je vous en prie…
— Ça fait bien une heure qu’on marche, oui…
— Et toujours pas de futur.
— Il est déjà passé ?
— Ne recommencez pas…
— Bon ok.
— Philippe ?
— Oui Georges ?
— Votre idée de futur en marche, ça ne tient pas.
— Ah ?
— Oui on est de plus en plus transparents. Ça ne marche pas.
— On va peut-être dans le mauvais sens.
— Non, quand on avance c’est forcément vers l’avenir.
— Georges…
— Oui Philippe ?!
— La voila l’idée : on n’a plus de futur ; il nous faut donc chercher un avenir.
— Et ?
— L’avenir dépend de nous. Le futur, non.
— Je ne vois pas ce que vous voulez dire ; soyez plus précis.
— Le futur nous obligeait à une mise à jour de nos droits. L’avenir nous contient. La mise à jour nous nuit ! Nuisons aux jours, à ceux qui nous attendent, à ceux qui ne nous attendent plus, faisons nos jours, quittons nos nuits !!
— …d…t…e…tr…gl…un…e...
— Alors ?!
— …m…rr…
— hein ??
— …
— Parles plus fort, Georges !!
— … …
— Merde, il a disparu. Geoooooooooooooooorges !!!
— …………………………
— Personne… Tiens ! une borne vitale ! Où est ma carte ?! Ah. C’est où la fente ?? CLIC Bzzzzzzzz
 
[Forfait renouvelé - Veuillez nous excuser pour la gène occasionnée -]
 
— Bah merde… Tiens ! tout reviens d’un coup. Bah ya pu personne qui fait la queue ?!
— Bonjour monsieur ! Que puis-je faire pour vous ?
— Je disparaissais, j’avais pu de vitalité, et pis chuis revenu. Chu bien content… mais georges il a disparu…
— Oui on fait ça régulièrement pour épurer le stock. Restrictions budgétaires, pas assez de vitalité pour tous, on doit déstocker : tout doit disparaître !! Vous avez eu de la chance ! hi ! hi !
— Oui. Georges…
— Au revoir monsieur.
— Au revoir. Je dois recharger mon compte espoir, c’est par où ?
— Ah dépêchez vous monsieur ! Je crois qu’ils ferment bientôt ; pour l’année à ce qu’on m’a dit. L’espoir n’a plus d’avenir depuis que le futur est passé…
— Merci. Vous êtes bien aimable…
— Mon temps est compté…
— Parlons du temps !
— Plus le temps.
— Prenons-le…

CLONK


         

 

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