Alzanor présente :

 

Celle qui meurt

 

 

Amélie reposa sa carabine.

Le canon, brillant comme une casserole, fumait encore…

Elle se prépara une aspirine : contrôlant mal un accès de stupeur et de tremblements, elle vida le verre d’acide ; laissa une trace cosmétique ; de l’ennemi,  elle avait finalement reçu le coup de grâce.

Ne restait en elle qu’une terreur sans nom ; un flirt avec le désespoir.

Vingt balles pour un attentat… Vingt petits projectiles de mercure pour un sabotage amoureux… La victime n’était pas celle prévue ; c’était Amélie qui aurait dû reposer sur cette moquette trempée de sang. Elle n’avait eu d’autre choix : même l’amour s’avérait combustible

La colère, c’est comme le choléra : une catilinaire qui vous ronge l’intérieur. Amélie venait d’en faire l’expérience aux dépens de Robert ; des noms propres lui vinrent à l’esprit pour qualifier la légion de tubes qui allaient défiler pour dire leur peine et leur chagrin. Des tubes qui se réjouiraient des conséquences de cet acte, en privé, bien sûr. La métaphysique des tubes était pour Amélie le mystère par excellence…

Elle défit les plis du péplum revêtu pour la circonstance. L’hygiène de l’assassin ne soufrait aucune négligence… Amélie se regarda dans un miroir : elle aima son reflet costumé. Décidément, elle était contente d’être une fille. Le péplum n’avait pas l’air d’une robe, mais bon… Elle se rassit sur son fauteuil préféré, celui où elle écrivait, celui qu’avait voulu lui dérober Robert.

Elle se saisit de sa carabine et réarma — elle hésita.

Au moment de disparaître, curieusement, elle s’interrogeait sur l’existence de Dieu !

« Absurde », se dit-elle…

Elle pointa l’arme plusieurs mètres au dessus de sa tête. 

 

Amélie le savait : pour ne pas se manquer, il fallait viser le talent…

 

 

         

 

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