*Manon de Sercoeur présente la nouvelle n°6 :
Cosmétique de l'ennemi
ou
L'éternel masculin
A mes Ad***
Al***
Am***
An***
Av***
et spécialement à mon Ar***
« certo, certo il capira ... »
Jean-Marie expliquait :
«
Brummel avait besoin chaque matin d’un rouleau entier de mousseline légèrement
empesée, pour réussir sa cravate. Chaque noeud manqué l’obligeait à mettre
au sale le métrage mal utilisé, à le renvoyer au blanchissage. Mais nul autre
n’atteignait son élégance. »
Jean-Marie,
salaud. Dandys, têtes de noeud.
Je suis au-dessus de ça. Moi, ma tête ne s’arrête pas à mon cou - il y en a là-dedans.
Il
y en a... il y en a... il y en a ...!
Je me suis mis à le voir partout, dès que tu es sorti.
Ca a commencé par la cravate.
Daniel racontait :
«
Une mère juive offre à son fils deux cravates superbes. Pour lui faire
plaisir, il en met tout de suite une. « Je savais bien que l’autre ne te
plairait pas » soupire-t-elle douloureusement.
Il me les brise .
Pas besoin d’être juif, ni même d’être une mère, ni même d’être une femme, pour être une mère juive.
Qu’est-ce
qu’ils croient, moi aussi j’ai de la politesse du désespoir... et de la
culture et du raffinement...
La cravate n’était pas belle, tu l’as jetée.
L’autre
est dans ta poche, à tout hasard, mais c’est sa chemise que tu as mise.
Christian souriait : « Tu es mieux que beau, tu es mon petit jet d’eau... »
Je n’entendais que « petit ».
Il
y avait d’ailleurs malentendu.
Facile de toiser l’ennemi avec hauteur, quand on est à la hauteur.
Papa
sortait de la salle de bains avec un rituel : « J’en ai marre d’être beau,
je vais me crever un oeil »...
Homme heureux, il ne portait de chemise que contraint et forcé - homme libre, il n’en avait pas dans sa tête.
Allô
papa ? Bobo...
Dans la glace, ce n’est plus toi qui me souris à travers mes eaux matinales.
C’est
lui. Putain, cette salope a un de ces sourires... Un sourire à effacer.
Mémère grondait : « Cosmo ! Sois poli, si t’es pas joli. »
Mémère,
je suis poli, je reste poli, tu serais fière de moi, on s’ouvre un champagne
? A la bonne heure... Toi et moi, on n’a jamais eu d’heure...
A la tienne, Etienne, Etienne...
« Ah! t out est bu, tout est mangé ! Plus rien à dire ! »
C’est
ça mon Paulo... J’en parlerai à mon chreview...
Te dévore pas les sangs, c’est fini.
Sur la table, le livre, le cigare, et pas de lettre.
Ta clef dans ta boîte.
Tu rentreras trop tard.
Je t'aurai bien aimé.