Marie-Lamalie présente la nouvelle n°11 :

 

Robert des noms propres

ou

Le grand livre des noms

 

 

« Toi, tu m’aimes, hein ? Regarde comme je t’aime moi, tu vois ? Quand je mets mon nez là, sur le tien, ça veut dire que je t’aime, tu vois ? Et oui, tu aimes bien avoir ton nez collé sur le mien, parce que ça veut dire que tu m’aimes et ça veut dire que je t’aime ! Tu sais Herman, maman elle ne colle pas son nez contre mon nez … Mais elle me fait plein de bisous et de câlins !»

 

« Mais pourquoi tu ne veux pas tenir ! Mais euh… Allez, écouuute ! Tu t’assoies là, et ton dos il touche le mur, alors tu tiens tout seul. Tu vois, moi… Attends Herman, regarde. Moi, quand je m’assoie contre le mur, je tiens assise et c’est facile, alors toi aussi ! Voilà. Et maintenant tu ne tombes pas, hein ? Bon, alors maintenant, je te redis l’histoire du Petit Poucet, mais tu es sage, hein ? »

 

« Tu sais, moi j’aime beaucoup aller jouer dans le sable, au Parc des Canards. Parce que moi, je joue bien, je suis sage quand je joue au sable avec la pelle et le seau et Madame Tortue. Maman elle m’emmène des fois, au Parc des Canard, et moi j’aime beaucoup. Mais toi, tu ne me vois pas, parce que toi tu n’as pas le droit de venir avec moi au parc, Herman, parce que tu serais sale si tu venais et tu ne peux pas prendre de bain, toi, alors tu restes dans ma chambre, mais Madame Tortue elle a le droit, c’est pour ça qu’elle vient avec moi, c’est parce qu’elle peut prendre un bain après et elle est toute propre comme moi. »

 

« Le petit garçon qui s’appelle Igor, c’est pas comme Niels. Dans mon histoire, Igor il a trop peur des oies, il croit qu’elles veulent le croquer, les oies avec leur gros bec orange, mais en fait elles sont gentilles, elles veulent l’emmener dans la maison des oies avec tous les frères et toutes les sœurs pour qu’il soit content… Tu aimerais voir comment c’est la maison des oies, Herman ? Oui ? Bon, mais nous, on peut pas y aller. Parce que la maison des oies, elle est… Elle est très loin, elle est dans les nuages, parce que les oies, elles sont blanches, alors elles vivent dans les nuages, tu comprends ? »

 

« Herman ! Herman ! Mais où tu es ? … Ah, tu étais dans le coffre ! Ecoute, j’ai quelque chose d’incroyable à te dire ! Et bin Marjorie, elle m’a dit que son papa il a un livre et c’est le Grand Livre des Noms. Et dans ce livre, il y a tous les noms. Et moi, je veux ce livre tu vois ? Parce que je suis sûre qu’il y a mon nom dedans, hi hi ! Tu sais Herman, je suis sûre qu’il y a ton nom aussi, parce que elle m’a dit, Marjorie, qu’il y a tous les noms des gens, et tout ce qu’ils ont fait aussi. Il y a le nom de maman aussi c’est sûr, et le nom de papa aussi. Et il y a le nom de la maîtresse, et le nom de mamie Charlotte, de papi Boris et de mamé Ana et de papé Fernando et puis aussi il y a le nom de Marjorie, c’est sûr, et tous les noms tous les noms ! Mais moi, je veux voir mon nom, mon vrai nom. Moi je sais pas si papa il a ce Grand Livre des Noms mais peut-être, parce que papa il a plein de livres, alors tu vois, il faut que je lui demande s’il a le Grand Livre des Noms où on peut lire les noms des gens. »

 

« Et là, le dinosaure il voit toutes les étoiles, et il comprend qu’il n’était pas dans sa bonne maison, parce que sa maman dinosaure, elle s’était trompé de bébé dinausaure quand il est né, alors il est reparti et il a cherché sa vrai maison, pendant longtemps, longtemps… »

 

« Mais j’ai perdu toutes mes billes et moi je voulais pas donner mes billes à Jonathan et lui il a commencé à pleurer et moi je voulais pas lui donner parce que c’est mes billes et elles ne sont pas à lui. Et quand la maîtresse elle est arrivée, Jonathan il a dit qu’il avait gagné toutes mes billes et moi je voulais pas les donner, alors la maîtresse elle était pas contente parce que elle a dit que quand on perd ses billes il faut les donner. Et moi je voulais pas. Alors la maîtresse, elle a dit que Jonathan il était gentil, et qu’il allait me donner un peu des billes parce que sinon, je suis trop triste parce que je voulais pas lui donner toutes mes billes. Alors Jonathan il m’a donné 4 billes. Mais tu sais Herman, 4 billes c’est pas beaucoup, parce que moi, j’en avais plein, des billes… Oh ! Oh… T’as vu ? Celle-là, elle est pas pareil ! T’as vu Herman ? Celle-là, elle est un peu rouge dedans… Moi je l’aime bien cette bille-là, tu vois, parce qu’elle a du rouge là, et moi j’aime bien quand elle a du rouge, et les autres elles ont pas du rouge... »

 

« Alors regarde Herman, tu vois, quand on l’ouvre, comme ça, ouuuuuuf, c’est duuur ! Tu vois, quand on l’ouvre, là, on voit tous les noms des gens. Parce que papa il l’a le Grand Livre des Noms, parce que papa il a beaucoup de livres et il a celui-là aussi. Et papa il m’a dit que oui si je veux, il me lira des fois, la vie des gens dans ce livre. Parce que tu vois Herman, tous les gens, ils ont leur nom là. Et un jour, je sais qu’on lira mon nom dans le Grand Livre des Noms, on lira mon vrai nom. Et tu vois Herman, je crois que toi aussi, tu as ton nom dedans, parce que toi aussi tu es un gens, même si tu ne vas pas à l’école parce que tu dois rester dans la chambre pour surveiller tous les autres amis peluches, mais tu es un gens quand même, hein ? Parce que tu joues avec moi, hein ? Et toi, tu me regardes quand je joue dans ma chambre. Des fois, maman elle ne me regarde pas quand je joue. Pourquoi elle ne me regarde pas maman des fois, quand je joue ? Une maman, ça regarde sa petite fille quand sa petite fille elle joue, parce que sa maman, ça aime beaucoup sa petite fille et alors ça doit regarder sa petite fille quand elle joue… Mais maman, elle me fait des calins et plein de bisous. Elle m’aime ma maman. »

 

« Non Herman ! Non ! Je ne te redis pas encore l’histoire de Jack et le haricot magique ! Tu la connais par coeur ! Je sais que tu dis toutes les choses dans ta tête avant que je te raconte. Alors moi, je vais raconter une autre histoire, je vais dire l’histoire de Poucette. Parce que j’aime bien quand le crapeau il trouve poucette dans sa cotille de noix sur la rivière. Et en fait, moi je sais que Poucette, c’est pas son nom en vrai, je crois qu’elle a un autre nom, mais que on sait pas c’est quoi son nom, parce qu’elle s’appelle Poucette et c’est parce qu’elle est petite comme un pouce, mais elle aime bien son nom Poucette quand même, mais avant elle avait sûrement un autre nom que son papa et sa maman lui avaient donné. Tu as vu, là, sur le dessin, elle me ressemble Poucette, hein ? »

 

« Maman, elle ne veut pas me donner le caremba, elle est méchante, elle veut pas me donner le caremba et moi j’en voulais parce que c’est très bon mais elle ne veut pas parce que j’ai déjà eu trois bonbons elle a dit maman, et trois bonbons je sais que c’est beaucoup, mais je voulais quand même le caremba, tu comprends… Moi, regarde, j’ai trouvé ça, tu vois ? On peut le faire cuire là, parce que là, tu vois, j’ai un truc qui fait du feu alors on peut le faire cuire et on peut le manger après et c’est très bon et je sais que c’est encore plus bon que le caremba. Moi, je veux pas un caremba. Et toi Herman, tu veux pas un caremba, hein ? Parce que nous, on va manger le petit bistek, tu vois, on l’a mis dans la casserole et puis il est cuit et on va le manger avec des pipoids-carottes. C’est bon quand maman elle fait des pipoids-carottes, elle sait maman que j’aime beaucoup ça et c’est pour ça que maman elle me dit souvent : regarde, j’ai fait des pipoids-carottes pour toi, ma jolie petite fille ! J’aime bien quand elle dit ma jolie petite fille. Dis Herman, c’est vrai que je suis sa jolie petite fille ? »

 

« Là, le monsieur sur la photo, on le connaît pas, mais tu vois, il est un peu vieux parce déjà il a eu des enfants et même beaucoup d’enfants, alors maintenant il est fatigué et il est un petit peu vieux, mais il est content avec ses enfants, et quand ses enfants ils lui parlent, et bah il écoute toujours ses enfants, le monsieur qui est un petit peu vieux. S’il n’écoute pas un enfant, c’est parce qu’il écoute un autre enfant, tu vois, parce que le monsieur, il ne peut pas écouter tous les enfants en même temps, c’est pour ça, mais il écoute toujours ses enfants. Et tu vois, sur l’autre page, papa il ne m’a pas lu cette page non plus hein, mais on voit, ya trois monsieurs, et eux aussi je sais qu’ils ont des enfants et ils sont contents quand ils voient leurs enfants. Maman aussi elle est contente quand elle voit son petit enfant, parce que c’est moi, son petit enfant, mais des fois, quand je lui parle à maman, bah des fois, elle ne me regarde pas quand je lui parle à maman. Et moi je suis son petit enfant quand même à maman. Mais quand elle ne me regarde pas maman, je sais pas où elle regarde maman, quand elle ne me regarde pas. »

 

« La petite souris elle adorait vivre dans sa guitare, parce que quand elle rentrait dans sa maison-guitare, ça faisait de la musique et quand elle sortait dehors, sa porte-guitare elle faisait de la musique aussi, c’est pour ça que toutes les souris elles l’appellent la souris musicienne et les autres souris elles aiment beaucoup aller chez leur amie la souris musicienne parce que les souris elles adorent écouter la musique de la maison-guitare chez la souris musicienne. Tu sais, la musique, quand on joue avec la flûte, on fait de la musique. Et la souris musicienne elle, elle fait de la musique quand elle va dans sa maison-guitare et moi aussi j’entends de la musique quand je vais dans ma maison des fois, parce que maman, des fois, elle joue de la musique sur le piano, tu vois ? Tu l’entends aussi des fois, toi Herman. Moi, j’aime beaucoup quand maman elle joue du piano parce que ça fait comme tout plein de sourires dans moi, et aussi des fois c’est triste parce que maman elle pleure, des fois, quand elle joue de la musique sur le piano et alors c’est triste. Mais je sais pas pourquoi, je me demande, moi. Maman tu sais, elle m’a dit que c’est parce que la musique des fois, ça donne envie de pleurer, et maman elle a raison, parce que quand maman elle joue de la musique et qu’elle pleure, moi aussi, j’ai envie de pleurer. »

 

« Mais là, on dit que c’est ta petite piscine sur le coussin et toi tu veux toujours aller dans ta petite piscine, et même tu mets la tête dans l’eau des fois, mais pas tout le temps, parce sinon tu n’entends pas et moi je vais te chanter une petite chanson, mais tu écoutes, hein Herman, alors écoute : Il était un petit homme, pirouette caca d’mouette, il était un petit homme qui avait une drôle de maison, qui avait une drôle de maison. Sa maison est en carton, pirouette caca d’mouette, sa maison est en carton, son escalier est en papier, son escalier est en papier…»

 

« Mais moi je sais pas pourquoi j’ai pas encore trouvé mon nom dans le Grand Livre des Noms. Je sais pas ! Papa, il a rigolé, parce qu’il a dit que c’est un livre pour les grands et moi j’ai dit que je veux qu’il me lise les gens encore. Alors il a dit qu’il va continuer à me lire le grand livre parce que c’est bien si je suis curieuse même si je suis un petit peu petite. Mais moi, je suis grande, hein Herman. Et moi en fait, je suis sûre que je vais le trouver, mon nom, mon vrai nom, dans le Grand Livre des Noms, mais il est très grand, très très grand ce livre, c’est difficile de trouver mon nom dans le Grand Livre des Noms, mais je le trouverai parce que je sais qu’il est dedans, et alors je saurai comment c’est mon vrai nom, ça sera écrit avec les lettres et comme ça je saurai le nom de ma vraie maman, de mon autre maman qui me regardera quand je jouerai dans le sable du Parc aux Canards, parce que maman des fois, elle ne me regarde pas, hein, elle regarde loin mais je ne sais pas où elle regarde, et moi je l’appelle et elle ne m’entend pas, parce qu’elle regarde très loin, très très loin, alors il faut attendre que ses yeux ils reviennent ici, mais elle regarde très loin maman, alors ses yeux ils ne reviennent pas tout de suite, et des fois, moi, je crois qu’ils ne reviendront jamais, mais alors je vais la voir maman sur le banc et je lui dis mais tu regardes où maman, est-ce que tu vois quelqu’un d’autre maman, et là alors elle me voit et elle est surprise, alors me prend sur ses genoux, maman, et elle m’aime ma maman, elle me fait des bisous et des câlins et moi aussi, parce que je l’aime ma maman. »

 

« Non, mon histoire elle n’est pas pareil aujourd’hui, tu ne la connais pas ! Non, ce n’est pas la même histoire, parce que moi je sais ce qui se passe après, quand le petit hippocampe, il a retrouvé sa maman hippocampe, le petit hippocampe il est très content, parce qu’il n’a plus peur et puis il reste toujours avec sa maman hippocampe et avec sa petite sœur hippocampe. Et ils jouent tous dans l’eau : le petit hippocampe, la petite sœur hippocampe et la maman hippocampe. Et ils sont très contents et même le papa hippocampe il est là aussi, avec eux. C’est la famille des hippocampes. Et moi aussi un jour, je serai comme le petit hippocampe. »

 

« Mais moi je suis fatiguée, parce que la nuit, j’ai fait un petit cauchemard, la nuit. Je cherchais ma maman dans un endroit et puis j’ai vu un bébé, c’était pas ma maman c’était un bébé, mais il m’a fait très peur ce bébé, alors j’ai pleuré et j’ai crié et j’étais dans mon lit en fait, parce que je me suis réveillée et j’avais encore peur. Et maintenant je suis fatiguée, c’est pour ça qu’on fait la sieste tu vois ? Mais on a laissé la lumière. Et après, il faudra regarder encore dans le Grand Livre des Noms, tu regarderas avec moi, Herman, parce que moi je n’ai pas vu mon nom encore écrit dedans, papa il n’a pas dit mon vrai nom encore, parce que quand il le dira, moi je le reconnaîtrai, alors il faut lire les pages encore et quand on aura lu beaucoup le livre et bah on trouvera mon vrai nom à moi dedans et je comprendrai et j’aurai plus peur du tout. »

 

« Alors nous, Herman, on est les enfants abordonnés. On est sur notre bateau : toi tu es sur le bateau-lit et moi je suis sur le bateau-noreiller. Et on est très contents sur notre bateau parce que on peut pêcher dans la mer. Parce que nous on a une canne à pêche et on peut pêcher des poissons et des coquillages et on les mange… Oh ! Mais non ! Moi j’m’ai trompé ! On ne mange pas les coquillages ! Parce que ils sont très jolis ! Alors on mange que les petits poissons mais d’abord ils jouent dans le bateau et après, comme on est des enfants abordonnés, on n’a pas des sous pour acheter des courses dans la magasin, alors on mange les petits poissons. »

 

« Et moi j’ai dit à papa pourquoi on lit pas encore mon nom dans le Grand Livre des Noms et papa il a dit que il n’y a pas mon nom dedans, parce qu’il n’y a pas le nom de tous tous tous les gens dans le Grand Livre des Noms. Il a dit papa que ya des gens qui ont fait des choses très importantes ou qui sont très connus dans le grand livre, mais moi je suis pas connue encore et moi j’ai dit à papa que j’ai fait des choses importantes parce que j’ai fait des jolis dessins et j’ai même fait un grand pestacle à la fête de l’école et c’était important. Alors papa il a dit oui, c’est des choses importantes mais pas pareil. Mais tu crois, Herman, que je suis pas dans le Grand Livre des Noms, moi, hein ? Et comment je vais faire pour comprendre, alors ? »

 

« Mais non, maman, tu n’écoutes pas quand je parle à Herman ! Maman je suis dans ma chambre avec Herman là, allez maman tu t’en vas ! … Bon, ça y est, maman est partie alors tu m’écoutes bien Herman, tu écoutes très bien. Parce que c’est moi la maîtresse et toi tu es à l’école alors tu m’écoutes : tu dois ranger ton jouet quand tu as fini de jouer, parce que après c’est le bazard. Pourquoi c’est pas bien le bazard ? … Le bazard-euh le bazard… Le zazard-euh le zazard, c’est bizarre-euh c’est bizarre, dans le phare-euh dans le fort, dans le bar-euh dans le bord, j’en ai marre-euh Jeanne est mort, dans le car-euh dans le corps, dans le lard-euh dans de l’or, quelque part-euh dans le port, quelque part-euh mon canard, mon canard-euh il est tard, mon canard-reuh il est mort… »

 

« Moi je voulais que papa il me lit encore le Grand Livre des Noms, parce que moi je sais que mon vrai nom il est dedans, mais papa il a dit que ça sert à rien de lire encore parce que mon nom il ne sera pas dans le livre. Alors papa il a dit qu’il me voyait toute triste. J’ai dit que je veux continuer à lire pour trouver mon nom et papa il a dit qu’il ne comprend pas pourquoi je veux absolument voir mon nom dans le livre. Alors comme il ne comprenait pas, je lui ai expliqué à papa, tu vois Herman, je lui ai dit que je veux trouver mon nom dans le Grand Livre des Noms parce que je veux savoir mon vrai nom, pour trouver mon autre maman qui regardera tout le temps sa petite fille quand elle joue ! Attends Herman tu tombes là, tu dois rester sur la petite chaise et pas tomber quand je te raconte. Papa il a dit que je n’ai pas un autre nom et que je n’ai pas une autre maman. Papa il dit que j’ai ma maman à moi et que ma maman elle m’aime. Moi je sais qu’elle m’aime ma maman. Mais…Alors moi je sais pas alors… Alors moi je sais pas … »

 

« Hein tu m’aimes Herman ? Tu vois, quand je mets mon nez là, juste sur ton nez, c’est que je t’aime toi. Et toi aussi tu m’aimes Herman, hein tu m’aimes. »

 

« Alors le petit souriceau s’est mis à courir très vite dans le champs et, et… J’ai soif Herman. Je vais demander de l’eau à maman, d’accord ? Ah, tu veux venir avec moi ? Bon, attends, on pose le livre et on y va… T’es gros dans les escaliers, dis donc ! … Maman, j’ai soif ! … Maman… Qu’est-ce que tu regardes dehors par la fenêtre ? … Tu vois, Herman, maman elle ne m’entend pas des fois, parce qu’elle a les yeux et les oreilles très loin, viens on va lui prendre la main pour qu’elle nous écoute… Maman, j’ai soif !

- Ah ma chérie, tu étais là ! Et tu as descendu ton nounours aussi.

- Mais oui maman, j’étais là avec Herman et tu ne m’entendais pas, tu regardais quoi, maman ?

- … Je ne regardais rien, ma crevette, je pensais.

- Mais tu pensais à quoi, maman !

- …

- Hein, tu pensais à quoi, maman ?…

- … Ton papa m’a dit que tu voulais qu’il te lise le Robert des noms propres et que tu pensais trouver ton nom dedans ?

- Oui. Mais je sais pas, il m’a dit papa qu’il n’y avait pas mon nom dedans le Grand Livre des Noms…

- Non, c’est vrai, parce que dans ce livre, on répertorie les gens célèbres comme les musiciens ou les écrivains par exemple, ou les gens qui ont eu un rôle dans l’Histoire.

- Laquelle histoire maman ?

- Mais l’Hisoire en général, l’histoire des pays, les choses qui se sont passées, tu vois ? Il m’a dit aussi papa, que tu voulais connaître ton vrai nom ? Pour connaître ta vraie maman ? Ca veut dire quoi, ça, ma petite fille ? Tu sais que je suis ta maman, n’est-ce pas ?

- Oui, je sais que tu es ma maman, mais, je ne suis pas toujours sûre, maman, que tu sois ma vraie maman…

- Mais pourquoi, ma chérie ?

- Bah tu sais, Alexandre, il a été adopté par un papa et une maman et alors il n’a pas le même nom…

- Oui, mais toi, ça n’a rien à voir, tu n’as pas été adoptée !

- … Mais pourtant un jour, je t’ai bien entendue, tu parlais à mamé et tu as parlé de Igor, ton fils ! Alors moi je crois que tu as un autre enfant, mais moi je n’ai pas un frère !! Alors je ne sais pas si tu es ma maman ou pas, et peut-être que moi j’ai une autre maman quelque part et que toi tu m’as adoptée et que tu m’aimes mais que tu as une autre famille et moi je suis pas ta vraie famille et pis des fois, je te parle et tu ne m’entends pas alors tu es peut-être en train de penser à ton autre famille et alors moi aussi je voudrais bien connaître mon autre famille à moi, c’est pour ça !

- …

- C’est pour ça, maman…

- … Bon, écoute, viens là ma jolie petite fille, je vais te raconter toute l’histoire.

- L’histoire des pays et de toutes les choses qui sont arrivées ??

- Ha, non, notre histoire, l’histoire de notre famille, tu vois ?

- Oui.

- En fait, avant que tu naisses, ton papa et moi on s’est rencontrés, et on s’aimait très fort, alors on a décidé de vivre ensemble. Et puis toujours avant que tu naisses, on attendait un premier enfant, il était dans mon ventre, on savait que ça serait un petit garçon et on avait décidé qu’il s’appellerait Igor. Mais il n’était pas assez fort, et juste avant de naître, il est mort. Alors on a été très triste. Et puis après, j’ai été à nouveau enceinte, et là, c’était toi. Et toi tu es née, et tu es en pleine forme. Et alors on est tous très contents d’être tous les trois : papa, toi et moi. Mais des fois, c’est normal, on repense un peu à Igor. C’est pour ça que des fois, tu es là et tu me parles et en fait, je suis en train de penser à cet autre bébé qu’on a aimé très fort aussi. Et maintenant tu es grande, alors tu peux comprendre ça, je crois que c’était important que je te le raconte, tu vois ? Comme ça maintenant, toi aussi tu vas pouvoir penser un peu parfois à Igor, si tu veux.

- Mais c’est triste de penser à Igor ?

- Non, c’est pas triste de penser à lui, c’est bien de penser à lui, mais des fois, quand on est en train de penser à lui on peut être un petit peu triste parce qu’il n’est plus avec nous, mais on est triste un tout petit moment et après c’est fini.

- Oui, parce que des fois, tu es triste et puis quand tes yeux ils sont revenus, tu me vois, et puis tu es contente ?

- Oui, c’est ça, tu as compris.

- …

- Viens là me faire un câlin... Tu comprends, mon amour ?

- … Maman…

- Oui ma chérie…

- Maman, regarde, viens là avec ta tête, je veux mettre mon nez tout contre ton nez là, maman. »

 

 

              


 

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