Tenore présente

          Sa lettre d'amour à AlZanOr* (n°7) :

 

En écoutant le trio opus 120 en ré mineur pour piano, violon et violoncelle de Gabriel Fauré.

 

Ce sera

 

Ce sera par un très beau soir d’été. Le mois de juillet finira en s’étirant comme un chat au soleil. Nous aurons travaillé toute la journée. Nous serons fatigués. Nous irons chez moi. Ce sera une fin de journée claire, secouée d’une petite brise légère. Nous aurons eu très chaud. Nous prendrons une douche, chacun notre tour. Tu tenteras de deviner mon corps nu derrière le rideau. Mais l’eau me protègera si bien que tu ne verras qu’un jet lumineux aveuglant, tu comprendras alors qu’elle est mon amie. Je préparerai du pastis glacé. Tu demanderas du champagne, mais le champagne sera pour cet hiver, tu sais bien mon amour. Le rideau de la chambre dansera sous le souffle du ciel au rythme d’une agonie tendue. Je m’étendrai nu sur le lit, les cheveux mouillés et écoutant l’eau couler, j’imaginerai tes gestes hygiéniques qui seront dans mon esprit une chorégraphie amoureuse. Les yeux mi-clos ce sera comme si je volais une image furtive de toi, comme si je rêvai un bonheur fugace. Tout à mes songes, je n’aurai pas entendu que l’eau ne coule plus. C’est un baiser de toi sur mes cuisses qui me réveillera. Assis près de moi tu redessineras mon corps en l’effleurant d’un doigt créateur. Mort au monde, je ressusciterai dans un seul de tes regards tendres. Tu te coucheras près de moi, adoubé, béni et tu baiseras ma nuque. Le vent sur tes cheveux mouillés sera comme une douce haleine pleine de fraîcheur. Nous serons juste serrés l’un contre l’autre, ce sera comme une fusion magique, un pur contentement simple. Ce sera ton rire qui à son tour me fera sourire. Je mordillerai ton nez, doucement comme si je goûtais une confiture exotique. Tu allumeras la guirlande de lampions. Il fera presque nuit. Tu poseras sur la platine ce disque de Fauré que tu m’offris un jour de décembre. Tu reviendras près de moi qui contemplerai les lampions se balancer imperceptiblement en écoutant le violoncelle implorer le piano qui a son tour supplie le violon. Tu me diras que tu aimes les trios. Je répondrais que je sais. Tu finiras un fond de pastis dans un verre en cristal. Je verrai tes dents mordre dans la pureté de la matière. L’alcool anisé te montera à la tête et dans cette ébriété naissante ce sera comme si tu titubais de l’âme. Tu seras fragile soudain et tu frissonneras. Toujours nu à côté de moi tu pianoteras sur mon dos quelques notes égrenées au fils de la musique. Nous ne ferons pas l’amour. Ce sera par un très beau soir d’été.

 

 

 

 

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